Le o.

Le o.
Le o. Quoi de plus significatif que cette lettre ? Elle symbolise la vie, cette vie que l'on passe à se chercher, et dans laquelle on revient toujours au point de départ. Un cercle, tourbillon duquel on ne peut se sortir, et qui nous tient prisonnier jusqu'à ce que l'on réussisse à en briser les chaînes qui l'entourent. De loin elle paraît douce et agréable, mais si vous la touchez, alors vous sentirez ses épines, aussi dangereuses que celles d'un olivier. Cela explique sans doute pourquoi on ne peut s'en échapper indemne.
Son nom n'est pas plus rassurant. Il exprime l'étonnement, mais indique également un lieu d'où l'on tombe plus facilement et à la suite de quoi, la chute peut nous toucher plus grièvement. Alors comment lui faire confiance ?
Quand il est grand, vous pouvez passer à travers, mais il se réduit aussitôt et vous compresse jusqu'à explosion, c'est pourquoi il ne faut pas vous fier à la majesté de sa majuscule. Prenez garde à ne pas pénétrer ce tunnel sans fin et qui ne vous mènera qu'à votre perte. Voyez-le vous-même : rien n'est visible au-delà du cercle, si ce n'est la couleur du malheur qui vous attend. Ce n'est pas le terrier qui vous mène au pays des merveilles, mais plutôt l'entrée vers un gouffre sans fond.
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# Posté le vendredi 22 décembre 2006 12:43

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Hier on m'a arraché une dent qui était l'unique rescapée d'une série de violations de mon intérieur buccal, pour préparer les grands travaux onéreux qui auront bientôt lieu.

Rares sont les personnes qui peuvent comprendre la douleur ressentie à ce moment précis, étape finale du processus de préparation. J'étais allongé sur un fauteuil plutôt confortable, si l'on met de côté l'atmosphère pesante. J'ai subi plusieurs anesthésies, afin que je ne sois pas submergé par la douleur au moment où le dentiste passerait à l'action. Car bien évidemment, il n'a pas voulu refaire la même erreur que la fois dernière. En effet, l'an dernier, il avait sous-estimé ma force face à la douleur, et m'avait injecté une dose normale d'anesthésiant. Le résultat a été marquant : lorsqu'il a commencé à tronçonner la dent, j'ai hurlé de douleur. Le fauteuil a par ailleurs gardé l'empreinte de mes doigts, et le dentiste, le souvenir d'un coup de poing dans l'estomac.

Cette fois-ci, et sur ma demande immédiate, l'injection a été amplement suffisante pour que je ne puisse plus sentir les muscles de ma bouche pendant les vingt-quatre heures qui ont suivi l'opération, ce qui m'a plongé de force dans un silence pesant. Le dentiste m'a donc fait la piqûre et m'a demandé de remuer la mâchoire jusqu'à ne plus la sentir. C'est alors qu'il a pu attaquer ma dent à laquelle je n'osais m'accrocher de peur de souffrir de sa perte.

Evidemment, je n'ai rien senti de physiquement douloureux et le cas contraire aurait été un comble lorsque l'on connait la préparation préopératoire réalisée. Mais la douleur a surgi malgré tout, ailleurs, dans cet endroit qu'on ne peut atteindre que par l'anesthésie du temps et de l'expérience. Je n'ai visiblement pas été assez fort mentalement pour affronter cette ultime étape du traitement commencé il y a quatre ans.

En m'arrachant cette dent, il a dépouillé mon être de la dernière trace d'une vie qui tournait ainsi sa dernière page. Le dentiste s'est penché au-dessus de moi afin d'opérer. Le fait d'être sous cet homme, à sa merci, sans pouvoir faire marche arrière, m'a sans doute blessé à vie.

Une fois cette dent extirpée de ma bouche, il me l'a montrée en la brandissant fièrement. Cela a été le coup de grâce. La voir s'éloigner de moi, sans qu'elle non plus ne le souhaite, a été insupportable. La souffrance qui m'a envahi est inimaginable. Mon âme s'est effondrée, et durant quelques secondes, je me suis vu basculer, éjecté violemment tel un homme roué de coups et jeté le long d'une route, avec pour seul espoir le désir d'être recueilli par la première personne qui passerait. Alors que depuis quelques temps, j'avais su retrouver le contrôle relatif de ma vie, je me suis rendu compte à ce moment-là, et à mon grand désespoir, qu'on ne décide véritablement de rien, et que le bonheur que l'on souhaite, s'il ne nous est pas destiné, ne peut être atteint.

Des larmes ont coulé, mais le dentiste n'a rien vu. Il ne l'a pu, car elles se sont déversées en moi, comme toute ma vie l'a été. Une vie délibérément intériorisée, prisonnière d'un corps refusant de la laisser se dévoiler.
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# Posté le vendredi 22 décembre 2006 12:30

Modifié le samedi 23 décembre 2006 17:34

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En me rejoignant dans mon malheur, tu as oublié ce qu'est le bonheur.
J'ai commis un impair en voulant t'attirer vers moi :
J'ai laissé la folie guider mes pas.
Fuis au plus vite cet amour erroné,
Antre imaginaire,
Pays aux milles chimères.

Quelle imprudence que de m'avoir rencontré !
Est-ce par maladresse que tu m'as aimé ?
M'avoir connu et m'aimer sont les plus grosses fautes que tu aies pu commettre.
Tes sentiments aujourd'hui dévoilés ont tort d'exister.

J'ai travesti le cours de ma vie,
Je me suis créé une existence artificielle,
Je n'ai cessé de maquiller mon destin,
Et je me suis forgé une identité supposée.
Tes sentiments sont donc totalement dénaturés.

J'évolue à travers des pensées fictives.
C'est dans la fourberie et l'hypocrisie que je me sens vrai.
Le mensonge est la plus grande de mes vertus.
Il est donc normal que tu confondes réalité et illusion.

Ta crise hérétique a débuté.
Ta naïveté t'aveugle.
Tu te méprends à mon sujet.
C'est donc par un amour absurde que tu t'es éprise de moi.

Je t'en prie ! Ouvre les yeux sur ce que je suis.
Tu es loin d'être infaillible face à ma vie.
Egare-toi sans faillir, dans mon regard profond,
Et vois comme nos vies ne sont, au fond, que comédie.
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# Posté le samedi 09 décembre 2006 11:09

Modifié le vendredi 22 décembre 2006 12:28

Comment réussir à vous faire exclure de la société ?

Comment réussir à vous faire exclure de la société ?
Comment réussir à vous faire exclure de la société ?

Il existe différentes manières d'atteindre pleinement, et sans difficulté, votre but. Mais pour un effet optimal, vous devez cumuler les techniques. Sans cela, votre exclusion ne pourra être que partielle et risquera alors d'être constamment remise en question.

Tout d'abord, prônez l'anarchie règlementée. Après cette prise de position, une grande partie de la société qui ne peut évoluer que dans une existence ordonnée et dirigée par des principes établis, vous rejettera. Apportez alors quelques règles minimes à cette anarchie afin de déstabiliser les anarchistes eux-mêmes, qui vous rejetteront à leur tour.

Mais bien entendu, cela ne suffit pas. Il vous restera encore de nombreuses personnes à convaincre de vous exclure.

Adoptez alors des contre-courants actuels, et modifiez-les subtilement afin de bouleverser suffisamment leurs fondements. Par exemple, convertissez-vous au Satanisme, et intégrez-y tous les clichés qui circulent au sein de la population comme par exemple le fait d'associer cette religion au mal. Vous vous mettrez ainsi à dos les Satanistes qui excluent l'idée même de « mal », et une partie de la société qui craint les adorateurs du diable.

Une fois cela fait, remettez ouvertement en cause l'existence humaine, et tout ce qui est. « Je pense donc je suis » ne doit plus être un fait. Etablissez de la même manière des théories qui vous marginaliseront encore plus, telles que : « L'Homme est amené à devenir un dieu » ou « Aucun être n'existe. Nous ne sommes qu'illusion ». Vous serez ainsi exclu du cercle des penseurs qui jugent avoir le monopole des idées recevables.

Pour finir, sortez de votre bulle et reconnaissez objectivement tous les malaises de la société. Ainsi vous ne serez plus accepté par ces personnes qui ferment les yeux et refusent d'admettre que la société n'est pas parfaite. Défiez l'éthique et la bonne morale, à l'image de celui qui jadis évacua fièrement ses excréments à la vue de tous, pour ainsi dégouter ceux qui vous entourent. Et faites donc ce que personne n'oserait faire par peur de défier les règles morales. Forgez-vous une identité propre et qui sorte du lot du commun des mortels. Fuyez les phénomènes de mode et soyez vous-même dans la mesure du possible. En effet, la société nous construit et nous fait évoluer par rapport à une image de base, commune à chacun, pour que nous avancions dans une direction jugée « bonne » et « positive », mais qui en réalité nous détruit dès la naissance et nous consume pour, au final, nous diluer dans le flot de la normalité et de la banalité.

Si avec tout cela vous n'arrivez pas à vous faire expulser, alors je ne peux plus rien pour vous. Et demandez-vous donc si vous n'étiez pas déjà exclu. Mais si en revanche vous constatez des résultats positifs, faites attention tout de même à ne pas être trop exubérant dans vos nouvelles attitudes. Soyez le plus discret possible pour ne pas vous transformer en bête de foire et devenir alors l'objet de toutes les attentions.

# Posté le lundi 27 novembre 2006 12:53

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Comment ne pas l'admirer ? Elle est si belle et si douce au toucher. Son bois marron dégage une chaleur délicieusement enivrante. Et c'est tout naturellement qu'elle s'est couverte d'ondulations étrangement captivantes. Il est même parfois difficile d'en détacher le regard. Vous la supplieriez presque de vous libérer de son emprise. Elle vous regarde, vous dévisage, et vous empêche de détourner les yeux. Ces vagues sur son corps vous plongent sous hypnose, tant elles donnent l'impression de tournoyer sans fin. Je l'aime, cette porte.

Et cet homme semblait visiblement être de mon avis. Je l'observais depuis son arrivée, son chapeau vert émeraude m'ayant surpris. Voilà bien une demi-heure qu'il la regardait fixement, sans bouger un cil. A croire qu'elle le possédait. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'après avoir passé autant de temps cloué sur place et sans émettre le moindre son, il se mit soudain à genoux sur son seuil. Et chose d'autant plus étrange : il l'implorait. C'est tout du moins ce que j'en déduisis, car de là où j'étais, je ne pouvais comprendre ce qu'il semblait gémir douloureusement. Je ressentais de la peine à son égard, mais je dois bien avouer que ma curiosité prit le dessus. Et je décidai d'attendre la suite des événements.

Pendant les secondes qui suivirent, il ne fit rien si ce n'est poursuivre ce qui faisait penser à une sorte d'incantation ou de rituel forcé. Il était intéressant de voir les gestes qu'il effectuait, comme s'il s'exécutait sous l'emprise d'une force extérieure à lui. Il réussit tout de même à tourner la tête et à me fixer. A la vue de son regard plaintif, je compris qu'il avait perdu le contrôle quasi-total de son corps. Mais mon attention se détourna de lui pour se fixer ailleurs.

Je remarquai une fissure sur la porte, jamais aperçue auparavant. Mais ce qui sollicita mon intérêt fut surtout l'ampleur que prenait celle-ci au fil des minutes. Et c'est au bout d'un long moment que je compris qu'une large ouverture prenait forme, alors que l'homme gémissait de plus en plus fort, et de plus en plus vite.

Le souffle coupé, je concevais difficilement de voir une telle scène se jouer sous mes yeux. Je dois vous avouer que le fait de la raconter me plonge dans l'embarras, tant cela peut paraître invraisemblable. Car ce qui suit dépasse toute réalité : la porte n'était plus. Et à la place on pouvait voir un gouffre, le vide.

Que faire alors que la terreur nous paralyse ? Il fallait le sauver, cet homme, le sortir de là. Seules ses lèvres remuaient, et je ne l'entendais plus. Inquiet, je détournai mes yeux pour regarder l'heure affichée à l'autre bout de la salle. Pourquoi à ce moment-là ? Allez savoir... Je n'étais certainement plus moi-même. Il était seize heures seize, et nous étions le seizième jour du mois.

Cette inattention ne dura que quelques secondes. Mais lorsque mon regard revint vers la porte, tout avait changé. Elle se dressait comme à son habitude, belle et enivrante, mais plus aucun trou, plus aucun vide, plus aucun homme lui faisant face.

Je me frottai les yeux, me pinçai le bras. Avais-je rêvé ? Pourtant, lorsque mes yeux se posèrent sur le sol, je vis, gisant, ce chapeau vert émeraude qui m'avait tant marqué, réduit en lambeaux au pied de l'objet de toutes les attentions.

# Posté le vendredi 17 novembre 2006 16:35