Etudiant, j'ai dix-neuf ans et suis, comme il se doit, un fidèle « ségoliste ». Elève sérieux et travailleur, j'ai toujours eu des résultats plus que corrects, variant évidemment en fonction de mes capacités.
Ma vie en société est très banale, malgré des idées parfois originales qui me permettent de garder un pied bien ancré en dehors de la masse qui m'entoure. Je m'adapte donc aux gens que je fréquente et rencontre. Je me mêle à eux sans trop de difficultés, car au fond, je ne suis pas bien différent.
Chaque jour, comme des millions de personnes en France et dans le monde, je prends les transports en commun pour me rendre à l'université. Tous les matins je retrouve les habitués, tous ceux qui prennent leur train à la même heure que moi. Je m'assis, comme à mon habitude, près de la fenêtre, dans la partie droite du wagon. En face de moi se tenait une femme plutôt jolie, la quarantaine, et qui n'avait rien à envier aux jeunes de mon âge. Tout allait pour le mieux, jusqu'à ce qu'elle se mette soudain à sourire.
Quoi de plus naturel, me direz-vous. D'autant que cela la rendait vraiment irrésistible. Mais ce sourire perdurait. Nous étions arrivés à Maisons-Laffite et ses lèvres n'avaient pas bougé depuis Achères, laissant apparaître deux fossettes bien marquées. Qu'avait-elle vu ? Pourquoi sourire ainsi, alors que personne n'adoptait la même attitude ?
Je n'arrivais pas à me détourner de ce visage, de cette bouche qui ne remuait pas et qui me poursuivait jusque dans mes pensées les plus enfouies.
Ses lèvres étaient mises en valeur par un rouge délicieusement sombre. Des lèvres témoins d'un bonheur ponctuel, un bonheur non voilé, un bonheur qu'elle montrait à tous et avec outrance. Un bonheur à travers un sourire, un sourire à nous plonger dans la folie.
Je sentais des gouttes de sueur tomber. J'étais en nage. Je devinais que la couleur de mon visage virait au rouge, tant mes joues chauffaient. Peu à peu je laissai ma main plonger lentement dans mon sac pour agripper ma règle en fer. Et c'est alors que je me suis jeté sur cette inconnue. Je l'ai fouettée au visage tant que j'ai pu. Puis j'ai tendu ma règle pour lui trancher les joues, en l'insérant de toutes mes forces entre ses lèvres mortellement provocantes.